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Mort de George Floyd: Céline Dion et Grégory Charles implorent la fin du racisme

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Céline Dion a ajouté sa voix aux nombreuses célébrités qui ont dénoncé le décès de George Floyd, un Afro-Américain, après son arrestation par un policier blanc à Minneapolis lundi dernier.

De Minneapolis à Washington, en passant par Los Angeles et Austin, les Américains descendent dans les rues à travers les Etats-Unis pour réclamer d’une même voix la fin des violences policières et du racisme. La colère est née de la mort le 25 mai dernier de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, étouffé par le genou d’un policier durant son interpellation alors qu’il était maîtrisé au sol. De nombreuses stars ont également réclamé justice pour George Floyd. Dimanche, c’est Céline Dion qui a fait part de son émotion sur les réseaux sociaux face à cette «tragédie». «C’est difficile de trouver les mots…Cette tragédie et l’injustice me brisent le coeur. Je ne peux même pas imaginer ce que vit actuellement la famille de George Floyd», a-t-elle écrit dans un message.*

Dans une publication partagée sur Facebook et Instagram, Céline Dion appelle les gens à combattre le racisme.

«Comme plusieurs d’entre vous l’ont dit, il ne suffit plus de ne pas être raciste, il faut être antiraciste. Il y a trop longtemps que ça dure», peut-on notamment lire.

De nombreuses célébrités, partout dans le monde, ont réagi à la mort de l’homme dans la quarantaine, George Floyd, dont Beyoncé, Rihanna, Mariah Carey et le joueur de tennis Félix Auger-Aliassime.

Plusieurs manifestations dénonçant le racisme et la violence policière ont également lieu dans de nombreux pays.

Les États-Unis ont été le théâtre d’une sixième nuit de manifestations et de violences, dimanche. Des dizaines de villes ont imposé des couvre-feux et la Garde nationale a été déployée dans une quinzaine d’États.

Grégory Charles publie le message le plus fort qu’on a lu suite au décès de George Floyd

Voici le très long message que Grégory Charles a publié sur sa page Facebook, mercredi:

« J’entends mon père.

La mort, brutale, injuste et inutile de George Floyd a révélé un vent de colère, une tempête qui souffle sur l’Amérique et sur le monde depuis plus d’une semaine. Comment ne pas être saisi par les images captées par une jeune fille de 17 ans qui passait par là et qui, téléphone à la main et au risque de sa propre vie, a immortalisé une scène horrible de haine et d’indifférence. Un policier blanc tue lentement, sans raison et surtout sans crainte, un homme noir qui est déjà soumis. Il reste insensible à sa douleur, à sa misère, à ses appels à l’aide, au fait qu’on implore sa miséricorde. Le policier n’écoute pas ceux qui s’inquiètent pour celui qu’il domine et qu’il afflige. Il tue. La devise du service de police de Minneapolis est pourtant bien « To protect with courage, to serve with compassion ». Le policier a totalement failli à sa tâche. Ni courage ni compassion.

Comme des millions de personnes sur ce continent et dans le monde, j’ai pleuré en voyant les images. J’ai pleuré, j’ai été rempli de colère et d’incompréhension. Je me suis senti dégoûté, impuissant, découragé. Étant le papa d’une petite fille caramel, je suis aussi inquiet. J’ai peur pour ma fille parce qu’elle a vu ces images et qu’elle ne pourra jamais les oublier. Et parce que je ne sais pas où vont mener les événements du moment.

Mais j’entends aussi en moi, depuis une semaine, la voix de mon père. « Ton grand-père est né sur une plantation. Il n’avait ni le droit à la propriété ni le droit à l’éducation. Mais il s’est élevé quand même. Il est devenu policier. Tout le monde l’aimait et il aimait tout le monde. Il faut répondre à la violence par plus de courage et plus de compassion ». C’est ce que la voix de mon père me répète depuis quelques jours.

Mon père a marché avec Martin Luther King. Il était à Washington en 1963. Il était des 250 000 personnes venues réclamer l’égalité des chances. Il a entendu la chanteuse Mahalia Jackson supplier Martin Luther King d’interrompre sa spectaculaire envolée oratoire sur les promesses non tenues de l’Amérique pour partager plutôt avec l’assemblée hétéroclite réunie devant lui, son rêve. I HAVE A DREAM « Je l’entends me raconter ce moment historique. J’entends sa voix dans ma tête, dans mon cœur. Je l’entends me dire que la seule façon d’être heureux, c’est d’être libre et que la seule façon d’être libre, c’est d’être capable d’aimer quelqu’un ou quelque chose plus que l’on s’aime soi-même.

Les États-Unis sont affligés par une maladie qu’ils ont contractée dans leur enfance : Le racisme. Ils ont fait des progrès depuis 400 ans. Mais il ne semble pas y avoir de vaccin pour cette maladie. Ils avancent puis ils régressent. Ils font des rechutes. Leur économie, leur système politique, leur filet social sont empreints d’inégalités et d’injustices raciales. Cette maladie les empêche de réaliser l’objectif fondamental de leur république : former une plus parfaite Union et permettre à leurs citoyens, à tous leurs citoyens de trouver le bonheur.

Il ne faut pas penser cependant qu’ils sont les seuls malades. Le racisme et la discrimination ne discriminent pas. Aucun continent n’en est exempt. Nous n’en sommes pas exempts. Il y a eu du racisme ici. Il y en a aujourd’hui. La question est de savoir ce qu’on fait aujourd’hui, maintenant.

Au début des années 70, mes parents ont tenté de louer un appartement dans le quartier Ahuntsic. En voyant mon père, le propriétaire, un colosse un peu obtus, a dit à ma mère qu’il n’était pas question qu’il loue à un noir. Ma mère, blanche, du haut de ses 4 pieds onze pouces lui a dit sa façon de penser. Mon père l’a pris par la main, a remercié le propriétaire pour son temps et nous sommes partis.

Une quinzaine d’années plus tard, cet homme s’est fracturé une jambe et a été transporté à l’hôpital général juif de Montréal. L’ayant reconnu, mon père qui travaillait là en orthopédie a choisi de s’occuper de lui. Il s’agissait d’une fracture compliquée et pénible. J’étais adolescent et je travaillais avec mon père dans ce même établissement à l’époque. J’avoue que je ne comprenais pas bien pourquoi mon père voulait aider, mais surtout servir un homme qui avait été si cruel avec lui, avec nous. J’entends sa réponse depuis quelques jours, dans ma tête. « Il souffre et il a besoin de réconfort. I will do for him what must be done and I will do it as well as I can ». Et je l’entends ajouter: « Because that is how we love and how we win, son ».

Cet homme a passé six jours à l’hôpital. Il a reconnu ma mère qui ne l’aimait toujours pas et qui lui a dit à nouveau sa façon de penser. Mais je n’oublierai pas les quelques mots qu’il a dits à mon père quand il est parti : « Merci Lennox de m’avoir guéri. Et je ne parle pas de ma jambe. » Et à moi il ajouta : « Ton père est tout un bonhomme. T’as des grosses bottines à chausser ».

Le sort a voulu que le nom du meurtrier, du policier de Minneapolis soit Chauvin. Pris comme un adjectif, son nom signifie une propension, une tendance à faire preuve d’un amour exagéré, excessif pour sa propre personne, son propre groupe ou son propre pays. Si mon père était vivant, il me dirait que cet homme cruel a besoin d’amour et de compassion, qu’il en a sans doute manqué. Il me dirait qu’il y a une âme à sauver en lui.

Mais il me dirait que ce n’est pas lui le problème, ce sont les autres officiers qui sont restés là sans rien faire, qui ont menti à leurs supérieurs à propos de ce qui était vraiment arrivé. Ils auraient pu intervenir. Ils auraient pu. Mais ils n’ont rien fait. Pas de compassion et encore moins de courage.

Ces autres officiers, c’est parfois nous. Noirs ou blancs, jeunes ou moins jeunes, on se campe parfois dans nos certitudes. On se donne des explications, des justifications courtes alors que les problèmes sont complexes et cruels. Il faut qu’on s’insurge, qu’on se soulève, qu’on refuse ce qui est inacceptable, ce qui est imbuvable. Mais on ne peut pas répondre à la cruauté par de la cruauté. On ne peut pas répondre à la violence par de la violence. On ne peut pas répondre à de l’indifférence par de l’indifférence. Il faut répondre à la colère par de l’écoute. Il faut répondre à l’indifférence par de la compassion. Il faut répondre à la haine par d’irrésistibles gestes d’amour. Et il faut encore et toujours rêver d’un monde où nous sommes tous et toutes blancs ou noirs, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, croyants ou non, influents ou non, libres parce que capables d’aimer les autres plus qu’on s’aime soi-même. C’est ça que j’entends mon père me dire depuis quelques jours, dans ma tête. Dans mon coeur.

“Because that is how we love and how we win, son.” »

Gregory Charles
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