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Roland Salvas et Le Petit Québec

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Roland Salvas, un homme d’affaires accompli, rêvait d’opérer un commerce en Floride. Son rêve s’est réalisé quand il a ouvert Le Petit Québec, à Sunny Isles. Grâce à une promotion astucieuse, il fera rouler le bar-restaurant-salle de spectacle à plein pendant deux saisons. Si bien que le Petit Québec est demeuré dans la mémoire des touristes québécois. Endroit mythique s’il en fut un.

Qui, parmi les visiteurs des années soixante dix, à Sunny Isles, ne se souvient pas du Petit Québec, de son animateur Gérard Vermette, de son musicien Roland Montreuil ?

L’aventure a débuté lorsque Roger Cloutier, qui opérait une boutique souvenir dans les Casteways, planta l’idée dans la tête de Roland Salvas, d’opérer une boite pour spectacles.
Sur les entrefaites, Joseph Hart, propriétaire du somptueux motel, songeait à fermer boutique. Ce malgré la réputation de son endroit, l’engouement des Américains pour le fameux Wreck Bar, refuge occasionnel des Beatles, situé dans le même conglomérat. Mais il n’arrivait pas à occuper ses 555 unités de motel durant l’hiver.
Roland Salvas prit le pari de remplir les chambres.

Avec la complicité de son ami le comédien Marcel Giguère, Salvas échafauda un plan qui allait s’avérer pour le moins fructueux. Ils allaient se servir des publicités télévisées du commerce de Salvas, Daniel Spécialités, à Montréal, pour promouvoir Le Petit Québec.

En 1974, donc, un concours permettait à la clientèle, éventuelle comme présente de Daniel Spécialités de gagner une semaine de rêve à Miami Beach, le transport, les repas et le spectacle inclus. Plus un montant de cent dollars pour «les petites dépenses ».
Ces promotions télévisées suscitèrent une vive curiosité chez les Québécois de toutes les régions, qui, gagnants ou pas, mirent le cap vers les Casteways. Si bien que les chambres comme la salle de spectacle de 200 personnes ne désemplissaient point.

Salvas se souvient :
« Ils arrivaient de partout, en avion ou en autobus (parfois trois cars par jour) qu’il en arrivait de partout, parfois dans trois autobus par jour. Il avait gagné son pari. Les femmes étaient nombreuses, pour plusieurs il s’agissait d’un premier voyage à l’extérieur du Québec, elles se sentaient un peu comme « libérées ». Le matin, au restaurant, on passait 60 douzaines d’œufs par jour. Puis Gérard Vermette s’est mis à diffuser des capsules de nouvelles en ondes de stations québécoises, ce qui attirait encore plus de touristes. Il se dépensait beaucoup pour les touristes, c’était un gars aimé et aimable. Il voulait que les gens l’aiment… «

Pour accompagner Vermette, il y avait son ami l’organiste Marcel Desjardins, Montreuil faisait danser le monde en fin de soirée. Jen Roger, Minimum, Terry Vanier qui imitait Piaf, Lise Lapointe, s’y produisirent. 24 artistes se relayaient chaque saison hivernale. Pour un salaire de $100. par semaine. Logés, nourris, bien sûr…

Pour assister Salvas et le remplacer en périodes creuses ou autrement, le couple Lucie Caron/Yves Poulin épaulait Roger Cloutier et son épouse, ce dernier servant d’interprète à Salvas qui ne parlait pas bien l’anglais.

Après deux saisons et demi, les engagés se sentaient un peu désoeuvrés et Salvas tira sa révérence. Sans les commerciaux télévisés de Daniel Spécialités, l’élan ne fut plus le même. Si bien que Le Petit Québec ne franchit point le cap des trois années. Pourtant, il est demeuré dans l’imaginaire.

« Je rêvais d’un commerce à Miami, j’en ai eu un », de raconter Salvas. Ce fut une mosseuse de belle expérience mais pas toujours sur un lit de roses. Je dormais 20 minute, ça frappait à ma porte, il me fallait dépanner les uns et les autres. Comme ce cas qui, pendant que sa femme magasinait, s’était fait vider les poches par une prostituée. Comment expliquer cela à son épouse… ?

Roland Salvas avait gagné son pari. Il pouvait désormais se consacrer entièrement à son commerce montréalais, de même qu’à son club de golf à Saint-Jean-de-Matha. Toujours un assidu de la Floride, il y vit six mois l’an.