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Aux États-Unis, la francophonie n’a pas dit son dernier mot (par Camille Langlade)

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Aux États-Unis, la francophonie n’a pas dit son dernier mot (par Camille Langlade)

Article intéressant écrit par Camille Langlade pour FrancoPresse

Plus de deux-millions de francophones vivraient aux États-Unis, soit plus du double du nombre de francophones en milieu linguistique minoritaire au Canada. Issus de familles établies depuis des décennies ou encore nouvellement arrivées d’un pays où se parle le français, ces Franco-Américains souhaiteraient avoir les moyens de faire communauté.

Selon le recensement américain de 2019, plus de 1,2 million de personnes de 5 ans et plus parlent le français, le créole ou le cajun, chez elles, mais le véritable nombre de locuteurs pourrait être largement supérieur.

Évaluer le nombre de francophones au pays de l’Oncle Sam n’est pas chose simple. Les locuteurs du français dénombrés par le Bureau du recensement américain comprend «une partie des individus ayant déclaré le créole haïtien ou une langue d’Afrique de l’Ouest, précise Fabrice Jaumont, l’un des codirecteurs de l’ouvrage collectif French All Around Us. On estime que plus de 250 000 enfants en âge d’être scolarisés vivent dans des foyers où le français est utilisé quotidiennement.»

C’est sans parler des personnes qui choisissent de donner une autre langue lors des recensements, explique le chercheur. «Par exemple, les Africains francophones qui déclarent le wolof ou le bambara comme langue du foyer n’apparaissent pas dans les calculs», fait remarquer Fabrice Jaumont.

En prenant en compte toutes ces observations, le français serait à lui seul la langue de plus de deux millions de personnes.

Une francophonie aux origines de plus en plus diverses

Les locuteurs du français aux États-Unis comprennent, entre autres, les Franco-Américains du Maine et de la Louisiane ainsi qu’un nouveau groupe issu d’une immigration plus récente et grandissante, les Africains.

«La population de gens qui viennent d’Afrique subsaharienne aux États-Unis a augmenté de 50 % entre 2010 et 2018. Il y avait à peu près deux-millions de migrants d’Afrique subsaharienne [aux États-Unis] en 2018», ajoute Agnès Ndiaye Tounkara, qui signe l’un des articles dans l’ouvrage French All Around Us. Parmi ces personnes, plusieurs sont francophones.

Pour Fabrice Jaumont, les flux migratoires contribuent au maintien du français. «Les vagues d’immigration viennent remplacer [d’anciennes] vagues d’immigration. Les Haïtiens en Floride, les Congolais dans le Maine… Il y a toujours un remplacement qui s’opère.»

Cependant, il est difficile de parler de véritable communauté francophone, du moins selon le sens qu’on lui donne au Canada. «Il n’y a pas une identité francophone. Il y a des réalités plurielles», considère Fabrice Jaumont.

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Entre nostalgie linguistique et pragmatisme économique

«Il y a beaucoup d’Acadiens qui arrivent en Louisiane et pensent qu’ils vont y découvrir ce qu’ils vivent chez eux, remarque Joseph Dunn, entrepreneur en tourisme culturel en Louisiane. Malgré l’histoire partagée, il y a plus de 250 ans qui séparent les Acadiens des Cadiens.» Et tout un monde en matière de francophonie.

«Au Canada, il y a le sens d’une langue officielle, de communautés francophones, poursuit le Franco-Louisianais. Rien de cela n’existe en Louisiane. On parle d’individus qui parlent français, mais pas forcément de communautés avec un socle commun.»

Joseph Dunn évoque aussi la nostalgie de certains Louisianais pour un français qui n’intéresse malheureusement plus les jeunes. «Des gens vont dire qu’il faut préserver le français, car cela fait partie de l’héritage, mais les jeunes s’en fichent de la question de l’héritage. Ils sont intéressés par l’acquisition d’outils qui vont leur servir à quelque chose sur le marché du travail. Comment pouvons-nous arrimer héritage et utilité du français, tout en conservant les aspects uniques du français louisianais dans un monde moderne, loin des champs? »

Et qu’en est-il de la notion de francophonie économique? «Ce n’est pas du tout développé, répond l’entrepreneur. Moi, par exemple, je travaille dans une ancienne plantation [de canne] à sucre. On propose une visite en langue française, mais je ne trouve pas de guide. J’essaie depuis des mois de recruter des gens pour travailler en langue française. Je ne trouve personne.»

Le Franco-Louisianais souligne par ailleurs que la plupart des personnes qui travaillent en français le font bénévolement, en parallèle à leur activité professionnelle principale : «Il n’y a pas de structures professionnelles pour former les gens, tandis que hors Québec il existe de vraies structures dont l’objectif est précisément de travailler sur le développement économique en français.»

C’est qu’aux États-Unis, la langue de Molière ne dépasse guère les bancs de l’école. «Il n’y a pas de cursus qui forme les étudiants à travailler en langue française. Même dans les universités, les programmes de français restent très axés sur la littérature. On ne peut pas étudier le marketing, les médias, les relations publiques en français», détaille Joseph Dunn. Le français reste le plus souvent cantonné à quelques secteurs, comme la culture ou le tourisme.

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