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Adieu Minoune!

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Elle filait un mauvais coton depuis plusieurs mois déjà. Tous les jours, elle montrait des signes d’impatience et boudait. Chaque fois, elle me mettait en rogne. Comme une mal élevée, elle se plaignait, gémissait, grondait, ronflait, renâclait, crachait, toussait, gueulait, pétait, digérait mal et vomissait. Elle ne supportait plus l’air climatisé et fumait comme une cheminée.

L’enfer! Pire qu’un mari ou un chum!

Elle était malade. Cancer au stade 3. J’avais beau l’aider, la faire soigner, lui donner des vitamines, des petites shots de rhum, l’amener au bord de la mer, lui donner des journées de congé, la dorloter, la chouchouter, la minoucher, la laver, la frotter, la flatter, lui parler doucement et la traiter aux petits oignons, rien à faire. Elle voulait rien savoir.

Elle dépérissait à vue d’œil, mais j’avais toujours espoir qu’elle s’en sorte. Je sais pas pourquoi mais les filles espèrent toujours quelque chose pour rien.

Pour mon anniversaire, on avait décidé, elle et moi, d’aller se promener à Palm Beach. C’est chic, c’est beau, c’est high class, c’est in et on ne sait jamais qui on va rencontrer…

Tout allait bien. Elle se comportait comme une jeune fille de bonne famille et se conduisait bien. Au fond, moi je m’en foutais pas mal de vieillir d’un an, ça fait partie de la vie, mais elle, elle le prenait pas. Comme si je l’avais dardée au coeur en lui annoncant qu’on vieillissait ce matin-là.

En plein trafic sur la I-95, elle s’est mise à taper du pied et à gémir à fendre l’âme. Et tout à coup! CRIC CRAC CROC POUF BANG NIET! J’ai pensé que ma dernière heure était arrivée…mais c’était la sienne.

Revenue de mes émotions, je lui ai parlé, demandé d’être fine, supplié d’être à la hauteur de la situation et de ne pas gâcher mon anniversaire, de se tasser pour ne pas bloquer le trafic et d’arrêter de faire l’enfant gâtée.

Niet! Minoune boudait. Rien à faire, elle restait sur ses positions.

Énervée, en joyeux maudit, je l’ai battue, engueulée, traitée de tous les noms, répété que plus jamais je la regarderais de ma vie. Elle n’a pas bronché. Elle est restée muette comme une carpe, écrasée sous le poids des années, de la chaleur et de l’humidité.

Je l’ai regardée mourir en sacrant.

J’ai pris mes papiers d’assurances, ma plaque et mes effets personnels, mes clics et mes clacs. J’ai appelé la morgue pour qu’on la récupère et je l’ai lâchement abandonnée à son sort. L’acharnement thérapeutique, très peu pour moi.

Minoune avait 12 ans et souffrait autant que moi de la canicule. Elle avait ses chaleurs de vieille fille, mais la maudite effrontée, après tout ce que j’avais fait pour elle, elle aurait pu choisir un autre jour que celui de mon anniversaire pour tirer sa révérence. Un manque flagrant de savoir-vivre de sa part. Elle ne valait pas la peine que je la pleure. J’aurais voulu la tuer, mais il était trop tard, elle avait déjà rendu l’âme. Je bouillais, je rageais. Pour rien. Elle s’en foutait.

C’est sacrant ça!

L’achat d’une nouvelle voiture m’a obligé à changer mes plans. Plus question de vacances. No money no candy. Les vacances se passeront à la plage de Fort Lauderdale. Remarquez qu’on a vu pire… La bitch a mis un frein à mes élans… les billets d’avion sont chers. Trop chers. Adieu Minoune, Adieu Vegas, Adieu Montréal !

Est-il nécessaire d’ajouter que toute la sacristie, tous les saints du ciel et les démons de l’enfer, étaient présents aux obsèques? Nos bonnes racines québécoises ne nous quittent jamais, surtout pas quand vient le temps de se défouler.

Nous étions très nombreux le matin de l’enterrement. Des grosses funérailles! ;-))

Email Michèle Sénécal
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Journaliste depuis près de 50 ans, Michèle Sénécal a fait ses classes avec des grands du monde de l’édition de l’époque comme Yves Michaud, Jean-Charles Harvey, Edward Rémy, André Robert. Travaillante acharnée, elle a touché à tout dans le métier. Des affaires sociales au milieu du show-business, elle a toujours roulé sa bosse. Durant son parcours, elle a dirigé des publications chez Québecor, collaboré au Journal de Montréal et compte à son actif, quelque 250 histoires d’amour pour les magazines Québecor de l’époque. En semi retraite, elle rédige la chronique Showbiz dans Planète Québec depuis les débuts du magazine et, avec Yvonne Courage, elle a fondé Destination Soleil, un cyber magazine sur la Floride en novembre1999.